Cherry-Brandy
Pièce de Josef Nadj pour 13 interprètes
Le poète se mourait (…). Le poète se mourait depuis si longtemps qu’il avait cessé de comprendre que c’était la mort.
Varlam Chalamov, « Cherry-Brandy » (1958), Récits de la Kolyma
Siècle mien, brute mienne, qui sauraPlonger les yeux dans tes prunelles
Et ressouder avec son sang
Les vertèbres des deux siècles ?
Ossip Mandelstam, « Le siècle » (1923)
Plusieurs écrivains, plusieurs œuvres littéraires ont nourri cette création – à commencer par Anton Tchekhov avec Le Chant du cygne, une « étude dramatique en un acte », ainsi que le témoignage qu’il réalisa en 1893 sur les conditions de vie des déportés dans L’Île de Sakhaline ; mais aussi Varlam Chalamov, Pétrarque ou Paul Celan. Cependant, la figure centrale de Cherry-Brandy est le poète Ossip Mandelstam (1891-1938), qui fut aussi traducteur et essayiste.
Auteur de Tristia, Le Bruit du temps, un merveilleux Entretien sur Dante ou Les Cahiers de Voronej, il considérait les mots comme inséparables du corps, de la voix et du geste. Et il leur prêtait une puissance concrète, agissante. Il était aussi, pour cette raison même, un homme engagé dans son temps. Ses prises de position – et, en particulier, ses « Distiques sur Staline », véritable charge contre « le montagnard du Kremlin » – furent la cause de son tragique destin : victime des purges staliniennes, il mourut d’épuisement, usé par de longs mois d’humiliation et de privation, pendant son transfert au goulag.
Chalamov a explicitement dédié l’un de ses Récits de la Kolyma à Ossip Mandelstam : sous le titre « Cherry-Brandy », il y décrit un poète moribond, un mourant qui reste poète jusqu’à son dernier souffle… L’exemple même du « poète absolu », selon Josef Nadj, c’est-à-dire de l’artiste assigné à son art, toujours et partout.
Avec son Cherry-Brandy, pièce austère et sombre dont tous les protagonistes semblent plongés dans un « sommeil hypnotique », Nadj rend à son tour hommage à Mandelstam – notamment, en donnant à entendre plusieurs de ses poèmes. Mais surtout, s’il revient ici sur la question du temps qui, de Comedia Tempio (1990) à Sho-bo-gen-zo (2008), traverse l’ensemble de son œuvre, le chorégraphe le fait cette fois dans une perspective politique : mettant en scène le conflit entre la lumière et les ténèbres, il signe en effet une parabole sur le rôle et la responsabilité de l’artiste face à son époque et vis-à-vis de ses contemporains…
Myriam Blœdé-
- Chorégraphie Josef Nadj
- Musique originale Alain Mahé
- Enregistrement piano Emmanuelle Tat
- Conception des lumières Rémi Nicolas assisté de Lionel Colet
- Décors, accessoires et objets scéniques Clément Dirat et Julien Fleureau
- Conception des masques et accessoires Jacqueline Bosson
- Costumes Françoise Yapo
- Interprètes Johan Bichot, Ivan Fatjo, Eric Fessenmeyer, Grégory Feurté, Peter Gemza, Anastasia Hvan, Panagiota Kallimani, Anne-Sophie Lancelin, Lazare, Cécile Loyer, Josef Nadj, Emanuela Nelli, Marlène Rostaing
- Durée : 88 minutes
Coproduction Centre Chorégraphique National d’Orléans - Festival International de Théâtre Tchekhov de Moscou (Russie) - Théâtre de la Ville - Paris (France).
Cette création reçoit l’aide à la création de la Région Centre
Avec le soutien de Centre Culturel Français de Moscou, de la Mairie de Moscou, du Ministère de la Culture russe et de l'Institut français (opérateur du Ministère des Affaires Etrangères et Européennes pour l'action culturelles extérieure), de la Scène Nationale d’Orléans.